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Un outil pour visualiser la dangerosité des phytosanitaires

Le 15 octobre 2019, le CIHEAM-IAMM et Ecoclimasol présentaient les indicateurs de risques EToPhy. Ces indicateurs permettent d’évaluer l’impact des produits phystosanitaires sur la santé de l’applicateur et sur l’environnement .


Article original réalisé par PHYTOMA ACTUS, numéro 728 novembre 2019

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"Comment diminuer les risques induits par l’usage des produits phytopharmaceutiques ? "


Telle est la question posée par Philippe Le Grusse en introduction de la journée de lancement du logiciel ETophy. L’enseignant-chercheur, également directeur des études du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes - Institut agronomique méditerranéen de Montpellier (CIHEAM-IAMM) (1), a mentionné la réduction des quantités appliquées, l’amélioration de la dégradation des produits phyto (PPP) dans le milieu, et enfin la diminution de leurs impacts.


C’est pour faciliter le choix des produits en fonction de leur dangerosité que l’équipe scientifique du CIHEAM Montpellier et Ecoclimasol (entreprise spécialisée dans la gestion

des risques agricoles) ont élaboré EToPhy (Évaluation des risques de toxicité des pratiques phytosanitaires).


Indicateurs EToPhy : l’aboutissement de plusieurs projets de recherche


Notamment les projets Tram (Gestion de la toxicité en zones Ramsar, 2009-2014) et GesPPEIR (Gestion eau, phytosanitaires, prévisions et indicateurs de risques, 2017-2019).

L’outil s’adresse aux professionnels impliqués dans la gestion des PPP (agriculteurs, coopératives agricoles, gestionnaires du territoire...). Il permet de visualiser facilement

– plus aisément que la lecture des phrases de danger sur l’étiquette –, grâce à des diagrammes à barres et des codes couleurs, la toxicité des substances actives (SA) et des produits phyto pour la santé humaine et pour l’environnement. Ainsi sensibilisé, le

professionnel est à même de vérifier ou d’adapter les mesures de réduction des risques mises en œuvre. EToPhy ne prend pas en compte les conditions d’utilisation : il

donne une image de la dangerosité et non pas du risque, qui dépend de l’exposition.


 
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Deux indicateurs évaluent respectivement la toxicité pour la santé et celle pour l’environnement


Ces indicateurs sont pris sur le modèle des indicateurs québécois IRPeQ-Santé et IRS IRPeQ Environnement(2). Les informations permettant de calculer l’IRSA, l’indicateur de risque sur la santé de l’applicateur, et l’IRTE, l’indicateur de risque de toxicité pour l’environ-

nement, sont issues des bases de données Footprint(3) et Bas@agri. Il s’agit des propriétés physico-chimiques et écotoxicologiques des molécules, ainsi que des données réglementaires sur les produits commerciaux.


EToPhy liste près de 800 substances actives, correspondant à 90% des produits commerciaux européens. Dans certains cas, le calcul des indicateurs est impossible ou incomplet (manque de données d’écotoxicité, unité du produit particulière...).


IRSA, indicateur de risque sur la santé de l’applicateur


Il tient compte de la toxicité de la substance active pondérée par des facteurs liés au produit commercial (dose d’application, formulation : granulés, comprimés, poudre...). L’utilisateur visualise ainsi pour chaque produit le détail des toxicités aiguë (cutanée, orale, inhalation...) et chronique (caractère cancérigène, génotoxicité, neurotoxicité, perturbation endocrinienne...), ainsi que les facteurs de persistance (dans les tissus vivants) et de concentration (effet dose). La toxicité liée au mélange des produits n’a pas pu être intégrée dans le calcul de l’IRSA faute de données généralisables, de même que la toxicité des adjuvants (secrets industriels).


L’indicateur de risque de toxicité pour l’environnement IRTE est calculé à partir des impacts écotoxicologiques des substances actives sur les organismes vivants non-cibles (invertébrés terrestres, oiseaux et organismes aquatiques), des comportements physico-chimiques des SA dans le milieu (mobilité, persistance dans le sol, bioaccumulation), de leur concentration dans le produit et de la dose appliquée. Les deux indicateurs peuvent être calculés à l’échelle de la SA, de la préparation commerciale, du traitement, de la parcelle... Ils complètent l’indicateur de fréquence de traitement (IFT)(4), indicateur officiel de suivi de l’utilisation des PPP utilisé pour appuyer la mise en œuvre des politiques publiques (Écophyto). L’IFT mesure la pression de PPP appliqués mais ne donne pas d’indication sur la toxicité des produits utilisés(5).


L’outil se divise en deux modules d’utilisation


EToPhy Simulateur permet d’effectuer une recherche par substance active, par

produit à une dose donnée, ou par culture et/ou type de produit et/ou cible. Par exemple, une recherche pour un bioagresseur sur une culture donne la liste des PPP autorisés ou

non, leur composition, leur dose homologuée et le calcul des indicateurs. Un clic sur un produit ouvre sur plus de détails : indicateurs visualisés en diagrammes (un autre clic permet de visualiser le détail de chaque indicateur), informations réglementaires (formulation, composition, DRE...), usages. Ce module permet ainsi d’évaluer et comparer les toxicités

de différents produits phyto à différentes doses d’application.


EToPhy Analyses propose une analyse des pratiques phytosanitaires sur l’exploitation en comparant les indicateurs (IFT, IRTE, IRSA) entre produits appliqués, entre parcelles ou cultures, entre campagnes agricoles. Les résultats sont affichés sous formes de graphiques et tableaux récapitulatifs. À terme, il sera possible de comparer les pratiques avec des indicateurs de référence pour une culture, un type d’itinéraire cultural et une « région » donnée. Ces deux modules seront accessibles au sein d’une plateforme web de services agricoles développée par Ecoclimasol, qui comportera également un module de géoréférencement des parcelles et un module de gestion des interventions. Chaque module sera proposé séparément par abonnement.


Optimisation de la gestion des risques


Une fois la dangerosité des produits visualisée, le producteur peut vérifier si les mesures de gestion sont adaptées à la limitation des risques (cabine, buse, ZNT...) ou sélectionner des produits en tenant compte de la situation de son exploitation (présence ou non de cours d’eau, etc.). En revanche, l’outil ne présage en rien l’efficacité des produits.

Dans le cadre du projet GesPPeiR, trois outils sont développés. Si EToPhy permettra dès novembre l’évaluation de la toxicité et une réflexion sur les pratiques, OptiPhy proposera des solutions alternatives. Enfin, Essimage évaluera les performances

agroenvironnementales de l’exploitation. Les deux derniers pourraient être finalisés en 2020.


(1) Fondé en 1962, le CIHEAM est une organisation intergouvernementale dédiée à l’agriculture durable, la sécurité alimentaire et nutritionnelle et au développement des

territoires ruraux et côtiers. Composé de treize États membres, il se compose de

quatre instituts basés à Bari (Italie), Chania (Grèce), Montpellier (France) et Saragosse

(Espagne) et d’un secrétariat général à Paris. www.iamm.ciheam.org

(2) www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1504_IndicRisquesPesticides_2eEdition.pdf

(3) https://sitem.herts.ac.uk/aeru/ppdb/en/atoz.htm

(4) IFT hectare = dose appliquée/dose homologuée = DA/DH ; IFT traitement =

DA*Surface traitée/DH*Surface totale.

(5) Voir « Panorama des ventes de produits phyto en France », Phytoma n° 727 p. 39-41.

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